Points clés
1. Une vocation forgée par la diversité et la persévérance.
Pour être sincère jusqu’au bout, la première fois que j’ai matériellement songé à me lancer vers une carrière d’astronaute date… de 2008, quand l’ESA décide de recruter et de former de nouveaux aspirants, ouvrant alors la seule porte réelle vers ce monde lointain.
Un parcours non linéaire. Contrairement à l'image populaire, Thomas Pesquet n'a pas rêvé d'être astronaute dès l'enfance. Son chemin fut une succession d'intérêts et d'expériences, allant du judo au saxophone, en passant par le basket et l'ingénierie aéronautique. C'est cette curiosité insatiable et cette volonté d'explorer diverses voies qui l'ont finalement mené à la candidature de l'ESA en 2008, une opportunité qu'il jugeait auparavant inaccessible.
Des racines solides. Son enfance en Normandie, marquée par des parents enseignants et un environnement modeste, a inculqué à Thomas des valeurs de travail acharné et de discipline. Il se décrit comme "tatasse", méticuleux et organisé, des traits qui se révéleront essentiels pour sa future carrière. Ses parents l'ont encouragé à la lecture et au sport, lui ouvrant l'esprit et développant une soif de connaissance et de découverte qui le poussera toujours plus loin.
L'appel de l'action. Après des études d'ingénieur à Supaéro et un poste au CNES, Thomas ressent un manque d'action et d'opérationnel. Il décide alors de devenir pilote de ligne pour Air France, une profession qui combine son amour du vol et la découverte du monde. Cette expérience de pilote, avec ses exigences de rigueur et de gestion du stress, sera un atout majeur pour la suite, même s'il ne le sait pas encore.
2. La sélection d'astronaute : un défi psychotechnique et médical extrême.
Nous ne savons qu’une chose (ce chiffre-là est officiel) : l’agence a reçu 8 413 dossiers de candidature.
Une compétition féroce. Le processus de sélection de l'Agence spatiale européenne (ESA) est d'une sélectivité sans précédent. Sur 8 413 candidatures, seuls 6 seront retenus. Thomas, initialement sceptique quant à ses chances, est encouragé par un ami à postuler, réalisant qu'il coche de nombreuses cases grâce à son parcours diversifié et ses compétences multiples.
Tests exhaustifs. La sélection se déroule en plusieurs phases, incluant des tests psychotechniques, des examens cliniques et des entretiens. Les tests psychotechniques évaluent la mémoire, la réactivité, la coordination et la gestion du stress, avec des exercices comme la mémorisation de chiffres à l'envers ou la rotation de cubes en 3D. Thomas excelle dans ces domaines, qu'il trouve presque ludiques.
L'épreuve médicale. La phase médicale est particulièrement redoutée, car elle peut éliminer des candidats pour des raisons imprévisibles. Thomas doit faire face à l'appréhension de sa double fracture à la cheville, un ancien problème qui aurait pu être rédhibitoire. Des examens invasifs, comme la rectosigmoïdoscopie, sont également au programme, testant la résilience physique et mentale des aspirants.
3. L'entraînement : un marathon d'apprentissage et d'adaptation constante.
J’étais convaincu que jamais plus je n’aurais à travailler comme en prépa, mais si, c’est possible. Et c’est maintenant !
Retour sur les bancs de l'école. Après sa sélection, Thomas et ses cinq collègues, les "Shenanigans", entament une formation initiale d'un an et deux mois à l'EAC de Cologne. Le rythme est intense, avec huit heures de cours par jour sur des sujets allant de la mécanique spatiale à la biologie, en passant par l'informatique et la physiologie. Cette phase exige une immersion totale et une mise entre parenthèses de la vie personnelle.
Immersion culturelle et technique. L'entraînement se poursuit à Star City, en Russie, pour maîtriser le vaisseau Soyouz et les modules russes de l'ISS, nécessitant l'apprentissage intensif du russe. Les simulations de pannes, les tours de centrifugeuse pour encaisser les G, et les stages de survie (en forêt enneigée ou en milieu aquatique) préparent les astronautes aux situations les plus extrêmes. Thomas est même désigné comme doublure pour une mission, ce qui double son volume d'entraînement.
Défis et adaptations. La formation est jalonnée de défis inattendus, comme l'appendicite de Thomas en Russie, qui aurait pu compromettre sa mission. L'ESA et la NASA imposent des protocoles stricts, mais aussi des moments de camaraderie, comme les "Shenanigans" qui trouvent des moyens de décompresser malgré la pression. L'entraînement aux sorties extravéhiculaires (EVA) dans la piscine géante de Houston est une étape cruciale, simulant l'environnement hostile de l'espace.
4. La vie en orbite : entre rigueur scientifique et émerveillement fragile.
Le temps à bord de l’ISS constitue, paradoxalement, la ressource la plus limitée.
Un quotidien minuté. La vie à bord de l'ISS est un équilibre constant entre la recherche scientifique, la maintenance et les activités personnelles. Chaque journée est rythmée par des briefings avec les centres de contrôle mondiaux, des tâches minutées et une gestion rigoureuse des ressources. Malgré l'immensité de l'espace, le temps est la denrée la plus précieuse, chaque minute étant optimisée pour maximiser la productivité scientifique.
Laboratoire flottant. L'ISS est un laboratoire unique où l'impesanteur permet d'étudier des phénomènes impossibles sur Terre. Thomas participe à des centaines d'expériences dans des domaines variés :
- Biologie (AQUAPAD pour la qualité de l'eau, MATISS pour les surfaces antibactériennes, étude des bactéries plus virulentes en orbite).
- Physiologie (Fine Motor Skills, SARCOLAB-3 sur les muscles, expériences neurologiques sur la plasticité cérébrale).
- Physique des fluides (FLUIDICS pour les carburants et les vagues scélérates, DECLIC sur les fluides supercritiques).
- Culture spatiale (APEX pour la croissance des plantes, notamment le coton et les poivrons).
L'émerveillement permanent. Malgré la routine et la complexité technique, l'émerveillement face à la Terre est constant. Thomas passe ses moments libres à photographier des paysages somptueux, des aurores polaires aux récifs coralliens, découvrant une palette de couleurs et de lumières inédites. Cette beauté infinie contraste avec la fragilité perçue de notre planète, renforçant sa conscience environnementale.
5. L'effet "Overview" : une conscience aiguë de la Terre et de sa fragilité.
En allant dans l’espace, on a la chance de prendre du recul et on a soudain l’opportunité de mettre la Terre à une échelle dont on peut faire l’expérience avec ses propres sens.
Une perspective transformatrice. Voir la Terre depuis l'espace est une expérience bouleversante, connue sous le nom d'« effet Overview ». Thomas décrit cette vision comme une révélation, où la planète apparaît comme une oasis fragile et finie au milieu du vide hostile. Cette prise de recul permet de saisir concrètement l'interconnexion des écosystèmes et l'impact des activités humaines.
Les signes de la fragilité. De l'ISS, les signes du dérèglement climatique et de la pollution sont criants :
- Les coulées blanches des glaciers qui s'effondrent.
- Les nappes de dégazage des pétroliers.
- Les embouchures de rivières polluées.
- Les coupes forestières en Amazonie, visibles comme des "traits de rasoir".
- La pollution atmosphérique qui étouffe certaines villes.
Un appel à l'action. Cette expérience sensorielle de la finitude de la Terre renforce chez Thomas la conviction que l'exploration spatiale doit servir l'humanité. Il réalise que, si l'intellect peut appréhender les problèmes à grande échelle, seule l'émotion peut inciter au changement. Il s'engage alors à partager sa vision pour susciter une "prise de sentiment" collective et encourager la protection de notre planète.
6. L'astronaute : un ambassadeur de la science et de l'inspiration.
J’ai la chance de participer à l’exploration spatiale, mais je veux que ce soit au bénéfice de tous et je souhaite être un porte-voix.
Un rôle de service public. Thomas Pesquet ne se contente pas d'être un scientifique et un pilote ; il se perçoit comme un ambassadeur de l'exploration spatiale. Convaincu de la légitimité des vols habités, il s'efforce de justifier l'investissement public en expliquant l'importance des expériences scientifiques et les retombées concrètes pour la vie sur Terre. Il refuse de rester dans une "tour d'ivoire", cherchant à rendre la science accessible à tous.
Stratégie de communication proactive. Dès sa première mission (Proxima), Thomas met en place une stratégie de communication ambitieuse :
- Photographie : Il perfectionne ses techniques pour capturer des images époustouflantes de la Terre, les partageant sur les réseaux sociaux.
- Médias : Il collabore avec des équipes de tournage pour des documentaires, tient un journal de bord pour des revues spécialisées, et participe à des émissions télévisées.
- Projets éducatifs : Il initie des partenariats, comme la bande dessinée "Dans la combi de Thomas Pesquet" avec Marion Montaigne, pour toucher un public jeune et vulgariser la science.
- Réseaux sociaux : Il s'investit personnellement pour rendre ses publications bilingues (français/anglais), assurant une portée maximale et une connexion directe avec le public.
L'impact de la notoriété. Le succès de sa communication est immense, avec des millions de followers et un intérêt public sans précédent. Cependant, cette notoriété a aussi son revers, fragmentant son temps et empiétant sur sa vie privée. Thomas doit apprendre à gérer cette nouvelle réalité, tout en restant fidèle à son désir d'inspirer et de transmettre.
7. Les défis imprévus : l'art de l'improvisation et de la résilience en mission.
C’est là que je mesure l’énorme pression qui a été la nôtre pendant la formation : aucune erreur tolérée en EVA ! Le mythe du surhomme, infaillible… Alors que c’est quoi la vraie vie ? Des erreurs un peu tout le temps, évidemment.
L'imprévu, une constante. Malgré des années d'entraînement et des procédures méticuleuses, les missions spatiales sont jalonnées d'incidents inattendus. Qu'il s'agisse d'une fausse alerte incendie, d'une panne de toilettes, ou d'un problème technique lors d'une sortie extravéhiculaire (EVA), les astronautes doivent faire preuve d'une adaptabilité et d'une capacité d'improvisation hors norme.
EVA : un environnement impitoyable. Les sorties dans le vide spatial sont particulièrement exigeantes et périlleuses. Thomas en fait l'expérience lors de ses EVA, où chaque mouvement est un combat contre le scaphandre et l'inertie. Des incidents comme la perte d'un outil ou un problème d'affichage sur le scaphandre de son coéquipier Shane exigent des réactions rapides et des solutions inventives, souvent sous la pression des équipes au sol et des caméras de la NASA TV.
Leçons d'humilité. Ces situations rappellent que même les "surhommes" sont humains et sujets à l'erreur. Thomas souligne l'importance d'une culture de la sécurité qui accepte et analyse les erreurs pour en tirer des leçons, plutôt que de chercher des coupables. Cette approche, plus développée dans l'aviation civile, gagne progressivement du terrain dans le domaine spatial, où la cohésion d'équipe est vitale.
8. Le coût personnel de l'exploration : sacrifices et soutien des proches.
Cette histoire, pour moi, ça porte un nom : ça s’appelle un traumatisme.
L'ombre de l'absence. Les missions spatiales, avec leurs longues périodes d'entraînement et de séjour en orbite, imposent un lourd tribut à la vie personnelle des astronautes. Thomas est éloigné d'Anne, sa compagne, et de sa famille pendant des mois, voire des années. Cette absence prolongée, combinée à l'incertitude et au danger inhérent aux vols spatiaux, génère un stress considérable pour les proches.
Le "traumatisme" d'Anne. Anne exprime avec force le "traumatisme" qu'elle a vécu lors du premier lancement de Thomas. Voir son compagnon s'élancer sur un "brasier" est une épreuve émotionnelle intense, où la peur de la catastrophe est omniprésente. Elle se sent "abandonnée" et "annulée" par l'ampleur de l'événement, soulignant le paradoxe de la fierté et de l'angoisse vécues par les familles.
Un soutien essentiel. Malgré les difficultés, le soutien d'Anne est inébranlable. Elle gère la logistique complexe des visites, les démarches administratives, et est un pilier pour Thomas, l'aidant à maintenir son équilibre mental. Le film "Proxima" d'Alice Winocour, qui explore la perspective des proches, résonne profondément avec l'expérience de Thomas, lui faisant prendre conscience de l'impact de ses choix sur ceux qu'il aime.
9. L'avenir spatial : vers la Lune et Mars, entre prouesses et incertitudes.
Mais si la possibilité d’aller encore plus loin se concrétise demain… comment y renoncer ?
Au-delà de l'ISS. Après deux missions sur l'ISS, Thomas se tourne vers l'avenir de l'exploration spatiale. Le programme Artemis de la NASA, visant à renvoyer des équipages sur la Lune et à y établir une base, représente la prochaine étape vertigineuse. L'Europe, via l'ESA, y joue un rôle crucial en fournissant le module de service d'Orion et des éléments de la future station lunaire, la Lunar Gateway.
Les défis de la Lune et de Mars. Les missions lunaires et martiennes présentent des défis technologiques et humains colossaux :
- Lune : Résistance aux températures extrêmes (-230°C à +125°C), gestion de la poussière lunaire, développement de scaphandres mobiles et d'atterrisseurs fiables (Starship HLS de SpaceX).
- Mars : Distance immense (75 millions de km), durée des voyages (9 mois minimum aller simple), impact psychologique de l'isolement et de l'absence de retour à court terme.
Un nouveau contexte géopolitique. L'exploration spatiale se déroule désormais dans un paysage géopolitique transformé. La Chine est devenue un acteur majeur, avec sa propre station spatiale et des ambitions lunaires. La guerre en Ukraine a tendu les relations avec la Russie, remettant en question des collaborations historiques et forçant l'ESA à chercher de nouveaux partenaires. Malgré ces incertitudes, la quête de l'inconnu et le désir d'apprendre de ces planètes sœurs de la Terre restent une motivation puissante pour Thomas et la communauté spatiale.
Dernière mise à jour:
